Nous ne reviendrons pas sur les causes de la disparition d'Air Littoral, abondamment exposées par la presse nationale désormais. Nous souhaitons compléter les diverses réflexions lues ici et là par quelques remarques de fond.
1. La politique et la gestion d'une compagnie aérienne ne font pas bon ménage
Encore une fois il est ici démontré qu’en matière de transport aérien, il convient de ne pas mélanger les genres.
Beaucoup de choses a priori curieuses se sont produites. Il semble que la Justice doive bientôt s'intéresser à ce qui s'est réellement passé, jusqu'au 17 février 2004 inclus. Le parcours d'Air Littoral est en effet "intéressant", avec certains des acteurs en vue…
En tout état de cause, il faudra quand même bien savoir pourquoi Air Littoral doit aujourd'hui aux contribuables français pas loin de 80 M€ (67 M€ fin août lors du dépôt de bilan "technique", augmentés jusqu'au 17 février pendant cette course folle aux vrais faux repreneurs). La représentation nationale aura sans doute besoin de quelques explications, faisant sienne cette parole de Balzac : "il y a deux histoires : l'histoire officielle, menteuse, puis l'histoire secrète...".
Beaucoup de citoyens attendent de connaître ces secrets, qui leur coûtent si cher : l'argent public ne peut pas être géré dans le secret. Que les secrets soient levés par un juge d'instruction ou par une commission d'enquête n'est pas si important pour les citoyens. Ce qui l'est, c'est de connaître les responsables puis de leur demander des comptes.
2. Chaque acteur concerné doit faire son travail en toute indépendance
Il doit donc être placé dans un contexte normal pour pouvoir le faire : ainsi du Comité d’entreprise, du Commissaire aux comptes, du Tribunal de Commerce ou du Conseil supérieur de l'aviation marchande (CSAM).
Le Comité d'entreprise d’Air Littoral. Sauf si les investigations en cours venaient à contredire nos analyses initiales, nous pensons que certains membres influents du CE n’ont pas fait leur travail d’alerte économique et ont même pu participer plus ou moins volontairement à la mise en place d’une opération qui pourrait bien être finalement considérée comme une escroquerie aux prestations sociales…
La justice consulaire. Il n'est pas de notre compétence de proposer des réformes afin de ne pas pouvoir revivre le parcours a minima peu lisible, pour ne pas dire chaotique, du tribunal de commerce de Montpellier : retards, indécisions, non décisions, jugements au profit de vrais faux repreneurs, clauses suspensives, déclaration publique sur l'affaire…
Personne ne peut croire aujourd'hui que la justice consulaire a travaillé dans la sérénité et l'objectivité. Au contraire, on peut considérer que dans cette affaire, pour paraphraser une maxime célèbre, la justice consulaire a été à la justice ce que la musique militaire est à la musique. Mais laissons les professionnels du droit écrire la bonne partition.
On retiendra quand même qu’avec les faibles moyens d’investigation de RadioCockpit, il a été facile de démontrer le peu de sérieux de certains repreneurs… Il apparaît douteux que de bons professionnels ne soient pas capables de faire encore mieux !
Le CSAM. Attardons-nous plutôt sur le rôle de l'État. Garant de la sécurité du transport aérien, l'État a à connaître des difficultés des compagnies. En effet, si la sécurité technique est bien définie et contrôlée par des fonctionnaires de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC), elle doit être garantie par une situation financière correcte. C'est davantage le rôle du Conseil supérieur de l'aviation marchande (CSAM), organisme consultatif en charge d'éclairer le ministre des Transports seul décisionnaire.
Or, le CSAM est apparu dans toute cette affaire comme une institution opaque et incomprise, semblant soumise aux ordres, ayant donné des avis plus ou moins favorables à tous les vrais faux repreneurs dont aucun n'a pu reprendre, n'ayant pas eu le courage de dire non pour Alain Duménil au lieu de donner un avis tellement compliqué que personne ne l'a compris, pas même Alain Duménil, tout en laissant dans le flou les garanties nécessaires.
En conséquence, ce qui est sûr, c'est que le tandem tribunal de commerce et Conseil supérieur de l'aviation marchande n'est pas adapté pour traiter des entreprises de transport aérien en difficulté.
En effet, ce tandem est placé dans un environnement politico administratif aussi discret qu'influent et ne peut pas décider valablement de l'avenir des compagnies aériennes.
Remise en cause. Pour nous, habitués à gérer en temps réel, dans notre vie professionnelle, des situations éminemment évolutives et parfois même potentiellement dangereuses, il n’y a pas d’évolution positive possible dans la gestion des problèmes actuels du transport aérien si – en préalable indispensable – chaque organisme concerné :
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