Nous avions tenté d'attirer l'attention sur la situation créée par les difficultés d'Air Horizons : comme nous l'avons annoncé, le CSAM a proposé une licence provisoire, afin de faire durer l'agonie jusque vers janvier 2006 (c'est un hasard) et le Tribunal de commerce placera probablement ce matin la compagnie en redressement judiciaire pour... 3 mois (c'est un autre hasard), juste de quoi passer cette fameuse date du 31 décembre 2005.
Car ces institutions "indépendantes" travaillent en fait pour la même cause, le même but, et leur action convergente permettra de l'atteindre : protéger l'ancienne direction des risques liés à un retour sur la gestion précédente si l'aventure Angel Gate devait durer moins de 24 mois, le "top chrono" ayant été déclenché par la spectaculaire reprise un 31 décembre de cet ensemble pourtant voué à la liquidation, selon les réquisitions de Mme le Procureur de la République.
Le reste, tout le reste, n'intéresse personne. Le sort des salariés est le cadet des soucis des intervenants, et les salariés eux-mêmes se sont trop investis pour imaginer un instant qu'ils ont été les jouets d'une vaste farce.
On retrouve, comme dans les liquidations précédentes, les mêmes causes qui produisent les mêmes effets, avec en pole position la DRE (*) qui use les planchers d'Issy-les-Moulineaux à force de baisser les yeux...
La France du Transport aérien s'installe dans la culture de la banane : on met en place des systèmes marginaux pour protéger des intérêts politiques, en sachant par avance que ce qui est mis en place n'est pas fait pour durer, mais au contraire pour disparaître sans laisser de traces une fois que les "amis de 30 ans" sont à l'abri des représailles judiciaires potentielles.
Bien entendu, quand les solutions de remplacement du type Flash Airlines ou West Caribbean se cassent la figure, cette fois au sens littéral du terme, les mêmes politiciens s'empressent de prendre des postures face aux caméras pour dire combien ils s'engagent à "faire toute la lumière" sur ces accidents, en promettant des stèles et des cellules de soutien psychologique aux proches des victimes.
Mais en réalité, "la lumière" est vite faite : le système a dépassé ses limites, au point qu'il est temps d'en transférer les commandes à une institution européenne qu'on espère par avance moins sensible aux "coups de fils amicaux" qui suggèrent ou imposent telle ou telle manoeuvre politico bancale.
Accessoirement, la collectivité fera l'économie de tous ces Conseils, Groupes d'Experts, Directions de ci ou de mi, qui sont autant de chambres d'enregistrement des ordres des politiciens qui ne parviennent pas à retirer leurs mains de ce qui fut jadis une cagnotte sans fond.
Pour en revenir à la reprise d'Euralair, nul ne pouvait ignorer (pas même le CSAM) que le repreneur était un politicien en disgrâce dans son pays d'origine, où il avait laissé une ardoise phénoménale.
Nul ne pouvait l'ignorer, puisque c'est précisément pour toutes ces raisons qu'on lui a demandé de reprendre Euralair ! En plus, les conditions de cette reprise ne sont toujours pas clarifiées presque deux ans après la signature supposée des actes…
Vingt millions d'euros plus tard (non compris France Soir…), on le laisse également jouer avec Star Airlines, après des tentatives heureusement infructueuses sur Europe Airpost, Air Méditerranée et Aigle Azur.
Nous avons évoqué les détails d'un malheureux règlement de 45.000 euros dû à un ancien salarié, obtenu in extremis et uniquement sous la menace d'une requête en liquidation visant Euralair International. Monsieur Lakah avait demandé un mois de délai pour honorer l'autre moitié de cette dette ! Comment un tel ensemble peut tenir quand il n'y a même pas de quoi faire un chèque aussi "modeste", à l'échelle d'une entreprise de Transport aérien ?
Comment le CSAM peut-il volontairement ignorer de telles informations, qui s'ajoutent à celles provenant des propriétaires d'avions qui les récupèrent faute d'avoir reçu le paiement des loyers ?
Le transfert des activités d'Air Horizons vers Star, compte tenu de l'actionnariat annoncé ou supposé de ces deux entreprises, ne serait-t-il pas qualifiable par un juge d'instruction potentiel ?
Après la liquidation qui ne manquera pas d'intervenir dans les 3 mois, une fois la gestion de Monsieur Couvelaire "amnistiée" par ce fameux délai des 24 mois qui court depuis la reprise par Angel Gate, aucune solution fiable de remplacement ne pourra être mise en place.
Ce seront donc des compagnies qui seront moins chères que ne l'était Air Horizons qui prendront le relais. Quand on sait qu'Air Horizons s'était attachée à casser les prix sur le marché, on peut craindre le pire quant aux conditions d'exploitation de celles qui devront la remplacer.
En ce sens, nous pouvons annoncer aujourd'hui que de nouveaux avions charter vont tomber en 2006. Ce n'est pas de la lecture sur boule de cristal, c'est de l'implacable logique économique qui découle de la politique qui est menée par la France en matière de Transport aérien.
"Le contrôle économico-juridique rassemble toutes les actions relatives à l'attribution et aux modifications de la licence de transporteur aérien et de "l'arrêté d'exploitation" associé. Il s'agit de s'assurer que la société concernée présente, dès le départ et en permanence par la suite, des garanties morales et financières suffisantes pour exercer une activité de transporteur aérien, ainsi que de juger le cas échéant de l'opportunité de ses demandes de services aériens en fonction du réseau existant".