Nous avons reçu un grand nombre de demandes d'explications à la suite de notre précédent article concernant la position officielle du SNPL face à l'amendement voté par les députés sur la retraite à 65 ans pour les PNT. Il convient donc de tenter d'expliquer clairement quels sont les enjeux et les implications de ce dossier.
En premier lieu, on rappelle qu'une association de PNT est à l'origine d'un travail de lobbying auprès de l'assemblée nationale, des gouvernements successifs, etc. pour qu'un texte de loi vienne modifier l'âge de la retraite des PNT, et pour que celui-ci soit porté à 65 ans.
Cette association a été fondée et animée par un pilote qui était également - et principalement - vice-président international du SNPL. Cette information est factuelle et incontestable. Il est également incontestable que les "sorties" de cette association sur le sujet, notamment auprès de l'ECA et de l'EASA, étaient parfois faites avec un chapeau SNPL, parfois avec un chapeau associatif.
De sorte que la plus grande confusion sur la position du syndicat sur ce dossier précis a été entretenue pendant de longs mois.
Parallèlement à cela, il a été organisé une commission de réforme de la CRPN (caisse de retraite du personnel navigant). La commission de réforme s'est basée sur les travaux très controversés du rapport Chertier, du nom de son signataire (aux multiples casquettes car par ailleurs administrateur d'AF), et cette commission a fait des propositions destinées - officiellement - à garantir la pérennité des finances de la Caisse. Les conditions dans lesquelles cette commission de réforme a travaillé, et rendu conclusions et propositions, sont assez symptomatiques de l'état de la profession. En gros, seul le SNPL - et à l'intérieur du SNPL seul le Bureau Air France, et à l'intérieur du Bureau Air France seule une certaine catégorie de PNT - a été mis dans la boucle. Les autres sont priés d'avoir confiance et de passer leur chemin s'ils avaient des questions.
Voilà pour le côté officiel.
Voyons à présent le côté officieux, bien plus intéressant.
(...)
Sur l'association des PNT lobbyistes
Nous avons toujours dit haut et fort à quel point il convenait de se méfier du travail entrepris par ces gens. Ils ont sacrifié le régime spécifique du PNT comme on sacrifie un mouton dans d'autres pays, dans l'espoir d'en tirer un avantage personnel. Comme disaient nos grands-mères, "bien mal acquis ne profite jamais", et ces pilotes ne profiteront pas: travailler plus pour gagner moins, voilà ce qui les attend passé l'âge de la retraite, car un petit aménagement au texte actuel permettra demain - ou après-demain - de rendre facultatif le versement de l'indemnité dite de fin de carrière. La leçon est sévère, l'addition sera probablement payée par toute la profession, espérons que cela ouvrira les yeux de tout le monde sur les risques des agissements individuels et non contrôlés. Il y a les mêmes électrons libres qui travaillent en ce moment même sur nos licences, cela fait 5 ans que nous tirons la sonnette d'alarme, mais en vain. Un fou isolé continue de brader VOS licences, en échange de.. rien, ou d'une probable médaille de l'aéronautique qui lui sera remise en votre nom quand il sera trop vieux pour continuer ses salades. Mais c'est une autre histoire..
Sur la commission de réforme
Il y aurait beaucoup à dire sur la nature de cette commission, la façon dont elle a été constituée, la façon dont elle a travaillé, rendu ses conclusion et proposé une réforme. Nous nous méfions beaucoup de ces gens, aussi nous ne donnerons aucun nom. L'un d'entre eux s'était déjà illustré dans nos colonnes en nous faisant un procès - qu'il a perdu - car nous avions laissé dire dans nos forums qu'il y avait de bien drôles histoires dans la délivrances de certaines licences de pilote de ligne... "Suivez mon regard!".
Alors on reprend les mêmes, et on recommence, et cette fois-ci avec une réforme la CRPN !
Cette réforme est destinée, soyons clairs, à avantager les PNT d'Air France au détriment des PNC, d'une part, et des PNT hors Groupe Air France d'autre part.
Voilà, c'est dit, le tabou est levé, au moins on va pouvoir parler de choses claires qui s'énoncent clairement. Pour parvenir à ce résultat, il suffisait de mettre en place un système assez pervers qui change toutes les règles de la CRPN. En simplifiant, ceux qui auront cotisé moins de 25 annuités verront leur pension diminuée de 5% par an. Un collègue ayant passé 17 ans à Air Littoral, mais ayant dû s'expatrier faute de pouvoir retrouver un emploi en France, reçoit en cadeau du SNPL une minoration de 25 - 17 = 8 ans, et 8 x 5% = 40% de ses droits actuels.
L'idée principale est de faire stopper la "bonne affaire" des PNC qui partent à 55 ans au plus tard (*), et qui cotisent donc bien moins que les PNT. Au passage, on introduit une autre notion subtile, puisqu'on est entre amis: les carrières longues (stagiaires A, EPL, cadets, etc..) voient leur pension majorée de 2% par annuité cotisée au delà de la 35ème année. Inutile de vous préciser que ceux qui ont inventé cela sont tous bénéficiaires potentiels de cette prime, financée intégralement par la minoration des pensions prévisibles pour les ex-Air Litt, Air Lib, TAT, Air Horizons, Euralair, Aéris, Star, etc.
Selon le SNPL, si on n'est pas PNT Air France, doit-on accepter que ses cotisations puissent "valoir" deux fois moins que celles des autres ?
Sur les motivations réelles de la grève annoncée par le SNPL
Le mot d'ordre de grève du SNPL est loin d'être clair, en tout cas tel qu'il est exprimé à ce jour. En réalité, le syndicat milite "visiblement" en faveur du maintien d'un départ à 60 ans, mais en sous-marin exige surtout la mise en place de la réforme évoquée ci-dessus pour le 1er janvier prochain. Pourtant, en l'état actuel de la (nouvelle) loi, un pilote peut partir à 60 ans comme à 65 ans, il fallait donc trouver un motif pour menacer d'une grève pour que la réforme soit décrétée, tout en ne parlant jamais de ladite réforme.
On a trouvé une vague histoire de ralentissement des carrières, de progression des OPL, autant de balivernes largement compensées par les conditions économiques qui encadrent les nouvelles possibilités de départ à la retraite (voir Flash Actu Air France du 7/11/08). D'un autre côté, si les chefs du SNPL se préoccupaient réellement des plans de carrière des OPL, cela se saurait. Soyons sérieux !
Alors en clair, on dit qu'on fait grève pour les 60 ans, dont on se fiche pas mal, puisqu'en réalité on veut surtout faire passer la réforme de la CRPN. Or, d'après nos informations, les pouvoirs publics n'ont aucunement l'intention de mettre en place cette réforme. De gré, ou de force : le contentieux qui en résulterait pourrait coûter des millions à la Caisse, car les navigants lésés ne manqueraient pas d'y avoir abondamment recours.
Il se dit qu'Air France aurait fait pression en faveur de la réforme, mais dans le seul but d'éviter une grève catastrophique pour l'entreprise. Il se dit également que le retour des pouvoirs publics soit une fin de non recevoir, bien heureusement.
Par ailleurs, et toujours selon nos informations, certaines éminences du Bureau Air France du SNPL ne serait pas tout à fait contre l'idée de pouvoir aller jusqu'à 65 ans dans les conditions fixées par les députés. On voit mal le syndicat faire grève dans le dos de son bureau Air France, et la seule question qui se pose aujourd'hui est de savoir quelles explications ils vont pouvoir inventer pour retirer leur préavis sans perdre la face.
Inutile de préciser que la crédibilité du syndicat vient d'en prendre un coup: toutes ces gesticulations pour augmenter les pensions de certains au détriment de certains autres... Bel esprit de solidarité que l'histoire ne manquera pas de sanctionner !
La suite ?
Il est trop tard pour pleurer sur l'âge de la retraite des PNT. Certains ont fait un travail de destruction méthodique de ce régime spécifique, l'ont bradé contre quelques vagues promesses de politiciens - tenues pour l'instant si l'on en croit le nouveau texte de loi, mais pour combien de temps ? L'OACI avait par ailleurs tout mis en place pour que les 65 ans se généralisent, alors il va falloir admettre que les temps changent.
Mais que l'on essaye de faire croire au grand-public qu'il s'agit de sécurité des vols, ou de plans de carrière des OPL, nous disons clairement que ce sont là des foutaises qui ne sont pas de nature à donner quelque crédibilité au SNPL, et plus généralement à l'ensemble de la profession. Comme le rappelait un ancien Vice-Président du syndicat, la conjoncture n'est sans doute pas favorable pour venir expliquer aux français qui commencent à subir la crise que nous ne sommes pas contents malgré le maintien de l'indemnité de fin de carrière (défiscalisée jusqu'à 200.000 euros), alors qu'un salaire annuel net à 60 ans peut être largement supérieur à 160.000 euros...
De plus, s'étonner aujourd'hui de cet vote des députés, alors que l'on a hébergé l'association qui oeuvre dans ce sens depuis des années, c'est montrer bien peu de constance dans le propos. Le débat sur la représentativité prend un autre sens au vu de ce qui précède.
Enfin, et ce sera notre conclusion, prendre prétexte de ce chaos pour essayer de faire passer en force (et en douce) la réforme de la CRPN, au détriment de tous les pilotes qui n'ont pas fait carrière à Air France et qui n'auront donc pas été en mesure de cotiser 25 ans pleins, c'est clairement créer deux populations distinctes, qui étaient déjà divisées quand elles étaient actives (Air France et les autres), et qui se retrouvent divisées jusque dans leurs retraites, alors que les uns comme les autres ont cotisé selon les mêmes barèmes, conformément aux mêmes lois. Ce changement des règles du jeu n'est pas acceptable.
(*) Une petite précision historique qui permet de comprendre pourquoi le fameux "retour sur investissement" du PNC est meilleur : lors du lancement de la CRPN, en 1952 (il existait aussi une "caisse" dans les années précédentes mais organisée différemment), il y avait 1333 PNT cotisants et... aucun PNC. Les PNC n'ont commencé à cotiser qu'en 1956 et ils étaient alors 754, soit environ 50% du PNT. La limite d'âge des hôtesses (501 sur 754 PNC) était 35 ans (oui trente cinq ans!) et les hôtesses avaient interdiction d'être mariées... Evidemment, nos anciens avaient tenu compte de ce paramètre quant au "rendement" final des cotisations du PNC. Maintenant que les PNC sont autorisés jusqu'à 55 ans et peut être prochainement jusqu'à 65, et puisqu'il y avait en 2007 28.374 PNC actifs contre 7819 PNT, les conditions ne sont plus tout à fait les mêmes...