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Procès Air Lib : la véritable genèse du "service commandé" de JCC

Nous étions persuadés que Jean-Charles Corbet - aujourd'hui devant la Cour d'Appel de Paris - donnerait une version intéressante de l'affaire Air Lib et de sa genèse. Il ne l'a pas fait.

Le dossier Air Lib ne peut se résumer aux seules malversations reprochées aujourd'hui à l'ancien pilote de ligne. Loin de nous l'idée de le défendre contre vents et marées, mais s'il devait plonger, nous pensions que d'autres seraient à leur place à ses côtés.

Le dossier Air Lib, c'est avant tout l'histoire d'une reprise d'actifs décidée par un gouvernement qui n'a pas ménagé son soutien, et c'est par ailleurs l'histoire d'une série de malversations présumées qui ont suivi cette reprise.

Bien entendu, la majorité politique ayant changé entre l'attribution de la compagnie à JCC avec son orchestre et le dépôt de bilan, il y a un certain nombre "d'oubliés sur le bord du chemin" qui semblent ravis que personne n'ai jamais songé à leur poser la moindre question.

Pourtant, des questions, il y en a : on pourrait commencer par E-A. Sellière, qui n'a jamais expliqué par quel miracle il était au centre d'un portage incongru des parts de Swissair (compagnie non-communautaire) dans AOM, Air Liberté et Air Littoral. On pourrait également poser des questions au destinataire des commissions de la CIBC (plus de 7 millions d'euros) parfaitement connu, mais jamais inquiété, alors que la banque canadienne et le porteur de la valise ont été épinglés. Nous avons amplement publié les preuves que la valeur faciale de cette reprise avait été montée à l'aide des Fonds Concorde, ou plus exactement par la signature du Président de son Conseil de surveillance, un certain... Jean-Charles Corbet.

Contrairement à ce qu'a indiqué Jean-Charles lors de la première audience, ce ne sont pas les Suisses qui ont imposé le partage de l'ensemble formé par AOM, Air Liberté et Air Littoral, et qui l'ont réparti entre Holco et Marc Dufour. Bien entendu, cela aurait simplifié la défense de JCC qui pourrait expliquer aujourd'hui que sur les 2 milliards escomptés (de Swissair), il n'en a eu que 1,2 puisque 800 millions sont partis pour la reprise d'Air Littoral.

Mais ce n'est pas tout à fait comme cela que ça se serait passé. Ces petits arrangements entre les uns et les autres, qui seront définitivement scellés par "le protocole transactionnel", qui précise et encadre le partage et la reprise des actifs des 3 compagnies, ne peuvent avoir existé que parce qu'ils étaient placés sous la haute bienveillance ministérielle. A notre connaissance, le ministre de l'époque n'a jamais été inquiété. Pas plus que le président d'une autre grande compagnie aérienne française, qui lui aussi était à la genèse de ce qu'il convient d'appeler un "Yalta de l'aéronautique française".

Mais comment diable expliquer cela à un tribunal correctionnel chargé d'examiner des faits et des agissements très restrictifs qui suivent la période de la reprise ?

Comment même le Tribunal peut-il évoquer toute cette affaire sans jamais parler du protocole transactionnel (document jamais révélé), des intérêts d'Air France et finalement de ce que Jean-Charles appelle le "service commandé" dont il ne cesse de nous parler pour expliquer comment et pourquoi Air Lib a été envoyée par le fond ?

Alors... A qui profite le crime ?



A Jean-Charles, à Me Yves Léonzi et aux autres, si l'on compte les millions engrangés ici ou là, selon le jugement en première instance. Mais le grand gagnant de l'affaire a empoché bien plus que cela, par la mise à mort définitive de toute concurrence sérieuse, et de cela, personne ne veut parler, sauf peut-être Jean-Charles, qui devrait sortir (même si c'est déjà trop tard) le protocole transactionnel de ses archives, afin de faire plonger avec lui tous ceux qui on eu intérêt(s) dans cette affaire.
 
Figurez-vous que nous avons retrouvé un témoin précieux de ce qu'il s'est réellement passé le soir du 21 juin 2001 qui a précédé la décision du Tribunal de Commerce de Créteil, qui attribuait à JCC l'ensemble des actifs d'AOM et d'Air Liberté.
 
La qualité de ce témoin pourrait prêter à sourire, mais ne vous y méprenez pas: la précision de son témoignage est telle que certains devraient réfléchir à deux fois avant de lui chercher des noises.
 
En effet, nous avons pu parler en exclusivité à... un oursin. Un oursin ? Oui, un oursin, ce fruit de mer que l'on sert facilement à nos tables quand agapes et abondance sont de mise.
 
Car il y avait un dîner donné ce 21 juin au ministère des Transports. Un dîner somptueux dans les jardins de l'hôtel de Roquelaure, boulevard Saint Germain à Paris, en l'honneur des invités français et étrangers du ministre, et à l'occasion du salon aéronautique du Bourget.

Notre précieux oursin a fini ses jours à cet endroit, mais avant d'y passer, figurez-vous qu'il s'est confié à nos reporters.

"J'ai été apporté sur un plateau au beau milieu de la réception. Il y avait là une quinzaine de tables, le buffet était disposé en fer à cheval. Comme j'avais bonne mine, j'ai été choisi pour être servi à la table du ministre. Quel beau monde ! Quel beau linge Je me souviens avoir croisé les regards de quelques personnalités : une actrice connue (ndlr Véronique Genest, invitée en sa qualité de Biterroise, ville du ministre de l'époque), un barbu connu (ndlr Robert Hue)...
 
Pour ce qui concerne l'entourage plus "professionnel" du ministre, et donc assis non loin de lui, je me souviens avoir été convoité par le président d'une grande compagnie aérienne française, assis non loin d'une dame, inspectrice des finances et conseillère aux Transports auprès du ministre (ndlr probablement Mme Bolliet qui briguait activement la présidence d'ADP). Le directeur de cabinet était également là (ndlr M. Ricono, qui selon certains serait le réel artisan de la reprise par JCC), un président de syndicat professionnel, le numéro deux de la grande compagnie aérienne, un administrateur de celle-ci, ami de trente ans de JCC et pilote de ligne connu, et bien entendu, par la star de la soirée, j'ai nommé Jean-Charles en personne. Le ministre était donc bien entouré, d'un côté par Jean-Charles, de l'autre par Marc (ndlr probablement Marc Dufour, à l'époque président d'Air Littoral).
 
Je m'attendais à être dévoré à tout instant. Le dîner était somptueux, et l'on servait, à côté des plus grands Bordeaux, un généreux Vosne Romanée qui, de l'avis même des convives, était d'une qualité jamais vue dans une réception de la République. On en prit et en reprit, de sorte que tout ce beau monde était très détendu, voire aussi détendu qu'à l'occasion du vrai Yalta, si vous voyez ce que je veux dire. En quelques heures, tout le monde est à tu et à toi.
 
Mais par un mystère que je ne m'explique pas, je suis resté planté là, à côté de merveilleuses huîtres plates, homards, viandes (3 différentes) et poissons... et ces gens n'en avaient que pour le Romanée. 
 
Cela m'a permis d'entendre ce qu'il se disait. Il n'était question que de la reprise d'AOM, d'Air Liberté, et d'Air Littoral. 
 
La feuille de route de Jean-Charles était claire. Le ministre l'avait sponsorisé pour cette reprise, sous la haute bienveillance du président d'une grande grande compagnie. Il n'y avait guère que du côté d'Air Littoral que ça grinçait des dents : Jean-Charles voulait Air Littoral (ndlr pour les raisons exposées plus avant), d'autres essayaient de convaincre le ministre que c'était une mauvaise idée, au motif que les métiers étaient radicalement "différents".
 
La question en ce 21 juin n'était pas la reprise, c'était uniquement son périmètre qui était discuté. C'est entre minuit et 3h du matin, après beaucoup de Romanée, que la chose fut tranchée. Ce serait Air Liberté et AOM, et Marc Dufour conserverait Air Littoral.
 
Je ne peux pas donner les détails de tout ce qui s'est dit au cours de ce repas. Mais il n'était question que de cela: comment se déroulerait la reprise des compagnies issues de la sphère Swissair, et quel serait leur rôle, leur avenir, et comment elles pourraient s'inscrire dans le paysage aéronautique français.
"
Voilà donc ce que nous a raconté un oursin juste avant de finir à la poubelle, et nous n'avons aucune raison de penser que tout ceci n'est pas le reflet de la stricte vérité.

Compte tenu de ce qui précède, et de la qualité des convives, nous nous contenterons de poser les seules questions valables à ce jour : pour quelle raison saugrenue seul Jean-Charles et son orchestre se retrouvent aujourd'hui seuls sous les feux de la rampe, alors que le service commandé, voire commandité, est clairement établi depuis ce 21 juin ?
 
Les magistrats du Tribunal de Commerce de Créteil concernés étaient-ils complètement informés de ces faits lorsqu'ils ont pris leur décision de "reprise" dans les jours qui ont suivi ce repas?

Deux questions auxquelles la République française ne répondra probablement jamais.

publié le 2008-12-17 22:30 par EuroCockpit.

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