AF447 : décodages
La guerre médiatique qui aggrave l'ampleur de la catastrophe aura au moins le mérite d'offrir à ceux qui savent lire entre les lignes une première tendance judiciaire concernant les suites de l'accident.
La meilleure défense serait donc l'attaque, en tout cas si l'on en croit les sorties médiatiques de ces dernières heures que nous avons analysées. Primo, Airbus a martelé que même si on changeait toutes les sondes, les sondes n'étaient pas en cause. Que même si l'avion s'était écrasé, il restait le plus sûr au monde. On a même pu lire, de la part de l'avionneur, qu'il s'agirait du premier crash d'un A330. On ne compte pas celui du 30 juin 1994 à Toulouse, dans lequel 7 personnes ont péri? Ce n'était donc pas un A330 ? Bien entendu, ces interviews sont toujours terminées par la pensée émue envers les familles, chacun se positionnant soigneusement à leur côté dans l'espoir objectivement incertain de ne pas les avoir un jour en face.
Et puis, il y a eu la très intéressante sortie médiatique d'Air France. En pareille occasion, on aurait pu imaginer que la compagnie fasse plutôt profil bas, mais il n'en est rien. La menace envers les journalistes est même claire, la compagnie portera plainte si l'on continue à écrire toutes ces choses. La belle affaire : selon Libération, l'honorable Figaro aurait été censuré pour avoir osé dire que l'avion s'était disloqué en vol. Ce qu'Air France omet de préciser, c'est que Le Figaro n'a pas inventé cette thèse qui vient en fait du journal Brésilien O Globo qui suit cette catastrophe avec beaucoup d'assiduité. O Globo, dès le 10 juin, a collecté les indiscrétions des médecins légistes brésiliens, qui chez eux disent ce qu'ils veulent à qui ils veulent. Au passage, la compagnie n'a pas menacé d'assigner la presse de Sao Paulo, et on comprendra aisément pourquoi.
Nous ne reviendrons pas sur la thèse de la dislocation, qui part donc des premiers constats des médecins légistes brésiliens, et qui analyse l'état dans lequel les corps ont été retrouvés. Mais cette thèse est la suite logique d'un possible décrochage haut, qui lui-même s'inscrit dans le droit fil d'un scénario à la "Air Caraïbes" qui lui même ne peut être démenti par les messages ACARS.
En revanche, il est d'autres personnes qui sont autorisées à faire des "sorties médiatiques". C'est le cas par exemple du très estimé Gérard Feldzer, directeur du Musée de l'air, qui exprime une "opinion" (la sienne?) dans le Monde daté du 13 juin.
Mais il faut toujours lire entre les lignes !
Notre ami Gérard est donc :
- voisin du BEA au Bourget, mais cela ne compte pas
- autorisé par son ex-employeur (Air France) à donner son opinion au Monde
- partisan de pures spéculations que jamais personne n'a confirmées
Car d'où pourrait bien sortir une information factuelle et fiable qui permettrait à Gérad d'écrire : "Il est légitime de se poser des questions : comment et pourquoi l'avion est-il entré dans cet orage ?" Un orage ? Cet orage ? Quel orage? Un orage aurait-il envoyé un message ACARS à Gérard ?
Ce décodage nous impose un constat: la version officielle est déjà largement arrêtée (on vous l'a dit, c'est "cet orage") et l'équipage portera le chapeau (que sont-ils allés faire dans "cet orage"...).
C'est donc moins de 15 jours après l'accident que l'on peut suspecter l'existence d'une version "autorisée à la publication" dans la presse, mais qui n'est étayée par aucune preuve, contrairement aux problèmes des sondes, qui eux sont qualifiés de fantaisistes par Air France et Airbus.
Nous aurons l'occasion de revenir sur ces décodages, qui montrent qu'il va falloir rester extrêmement vigilant sur les suites de l'enquête.
En attendant, nous avons reçu aujourd'hui la réaction d'un fidèle internaute à la lecture de l'article "Opinions" du Monde dont il est question ci dessus...
Gérard l’acrobate...
Dans le journal Le monde daté du 13 juin, Gérard écrit que beaucoup de «fausses informations» auraient été communiquées au sujet de l’accident du vol AF447, n’hésitant pas à en accuser «l’attirance des lumières médiatiques».
De la part d’un homme aussi sympathique et passionné mais visiblement très motivé pour se montrer à la télévision dès que possible, pareil commentaire relève de l’auto-compliment ou de la clairvoyance... voire peut-être même des deux ?
Mais il est vrai que Gérard, dans un mail-interview de 2005, se définit lui-même comme un «acrobate»...
Un acrobate, ce peut être un bateleur, dit aussi amuseur public...
Un acrobate, ce peut être un contorsionniste, adepte des contorsions...
Un acrobate, ce peut aussi être un funambule, celui qui marche sur une corde raide...
Et en la matière, Gérard n’hésite pas non plus.
Dans son article, Gérard s’interroge : «comment et pourquoi l’avion est-il entré dans cet orage ?»
N’est-ce pas là un peu rapide en besogne que d’affirmer que l’avion «est entré dans cet orage» ?
Quel orage ?
Gérard connaît-il la trajectoire de l’appareil et la position de «cet» orage ?
Qu’il la communique d’urgence au sous-marin nucléaire d’attaque afin que celui-ci puisse enfin chercher les boites noires au bon endroit !
Est-il donc établi que l’avion est entré dans un orage ?
Non. Il n’en est rien. Même le BEA, que cela arrangerait peut-être, ne s’y risque pas.
Comment peut-on alors s’interroger sur «comment et pourquoi» ?
Placée au début de son article, cette information, qui pourrait très bien être une «fausse information» amenée par «l’attirance des lumières médiatiques», donne le ton pour la suite.
Car il est surprenant que, même en ayant passé le quart de ses heures de vol dans une couchette, Gérard puisse par exemple écrire que l’on survole ou que l’on traverse des cumulonimbus gigantesques...
Ainsi, après avoir fait référence au front intertropical (FIT) et à ses «masses nuageuses semées de cumulonimbus gigantesques», c’est à ces derniers que Gérard fait référence en écrivant au masculin pluriel que «devenus trop élevés», «nous n'avons pas toujours d'autre choix que de les traverser».
Un pilote confirmé sait pourtant qu’on ne traverse JAMAIS un «cumulonimbus gigantesque» et qu’on a TOUJOURS un autre choix : celui de contourner, de prévoir une autre route ou d’en changer, celui de ne pas décoller ou d’atterrir ailleurs, etc.
Quant à «survoler» des cumulonimbus «gigantesques», dans cette zone où ils montent à des altitudes souvent bien supérieures à celles que peuvent atteindre les avions de ligne...il faut une sacrée dose d’optimisme ou d’inconscience (voire les deux) pour être certain que la dépressurisation ou la panne moteur, qui toutes deux forcent à descendre rapidement, ne se produira pas au dessus dudit cumulonimbus...
Sans même parler de la méconnaissance des turbulences qui existent encore au-dessus des cumulonimbus, méconnaissance que l’on ne peut se résoudre à envisager de la part de cet ancien pilote de ligne.
Mais il est vrai que Gérard, en funambule, marche sur un fil. Celui qu’il a tendu entre le réchauffement climatique, qui générerait des cumulonimbus de plus en plus «gigantesques», et l’accident. Voilà encore une "hypothèse" bien téméraire!
Ce fil tendu en forme de raccourci survole ainsi fort rapidement le sujet des carences des "prises Pitot " et de la possible légèreté de traitement des rapports de sécurité (ASR)... les concernant directement...
Il est vrai qu’en amenant l’attention sur le réchauffement climatique, celle-ci est détournée des sujets qui semblent fâcher Airbus et Air France.
Et puis, Air France ayant déjà censuré Le Figaro, il faut bien que les passagers puissent encore lire quelque chose...
Le journal "Le Monde", avec Gérard, en "Guest Star" ... c’est quand même autre chose !
Il est vrai, aussi, que Gérard a beaucoup d’amis influents à Airbus et à Air France. Ainsi, la «réunion des ministres Airbus au bourget» très sérieusement annoncée par le Cabinet du Ministre (d’Airbus ?) et la DGAC (d’Air France ?)... se tiendra le 15 juin à 16h30 au Musée de l’Air que dirige Gérard...
Oui, le même.
Il s’agira de se réunir «pour faire le point sur la situation du groupe Airbus» qui dispose donc désormais officiellement de ministres à lui...
Nul ne doute que Gérard ne va quand même pas écrire un article qui compromettrait l’ambiance mondaine de cette rencontre en mentionnant un peu trop la première panne du message ACARS : celle relative aux tubes Pitot...
Celle que PERSONNE n’a déclarée comme «fausse information»...
«La température de l’eau des océans a tendance à s’élever» écrit Gérard, mais la marmite est en train de déborder concernant la sécurité...
«La sécurité n’a pas de prix» écrit Gérard, l’avenir pourrait nous démontrer le contraire...
«40 années plus tard, je m'aperçois que rien n'a changé : je suis toujours acrobate» écrivait notre ami Gérard avec plein de lucidité...
UPDATE : toujours dans les décodages, voici une bonne mesure de l'impact de la communication BEA / AF / Airbus autour de la tragédie :
publié le 2009-06-16 09:25 par EuroCockpit.
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