De l'air et du cosmos, ou du vent et du vide intersidéral...
Dans une revue qui se veut très professionnelle auprès de ceux qui s'intéressent à l'Air et au Cosmos, le rédacteur en chef a eu un accident le 10 juillet dernier, lors de l'écriture de son éditorial, et a malencontreusement dérapé.
Il avait visiblement envie de dire LA parole unique et formatée, comme elle peut encore exister en Chine ou en Iran par exemple. Parlant des deux derniers crashs impliquant des Airbus et les emballant dans le même panier, il a condamné les opposants à la thèse monoïdéiste du BEA : trouver n'importe quoi sauf les Pitot. Le chef rédacteur a donc ainsi lancé son imprécation : "cet emballement médiatique peut être mis en parallèle avec le développement du phénomène Internet, avec la multiplication de sites traitant plus ou moins sérieusement les accidents aériens".
Et notre chef rédacteur Jean-Pierre Casamayou de vilipender avec insistance ceux qui, d’après-lui, auraient été "frustrés" par "le fait que le premier rapport d’étape du BEA sur l’accident [du vol AF447] n’attribue pas directement la cause de l’accident à une défaillance des sondes Pitot et a exclu une dislocation en vol de l’avion".
Raillant ces sites Internet qui auraient une autre opinion que la parole d’évangile du BEA, Jean-Pierre Casamayou s’est surtout insurgé contre la reprise de leur thèse blasphématoire par de grands médias. Enfin, visiblement habité par une illumination interne et divinatoire, Jean-Pierre Casamayou affirme, sous forme de prophétie vengeresse, que l’issue de l’enquête verra triompher les saintes écritures préliminaires du BEA.
Arnaud Amaury, le légat du Pape, avait dit : "tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens". Le chef rédacteur spécialisé dans l'air et le vide intersidéral n'hésite pas à reprendre cette idée humaniste d'un précédent homme de foi en écrivant que "se sont multipliés des sites plus ou moins fantaisistes, créés par d'anciens du transport aérien, souvent frustrés et aigris, et des journalistes médiocres à la recherche de notoriété", qui "lancent des anathèmes contre ceux qui ne partagent pas leurs opinions ou se permettent de noter avions et compagnies aériennes", "au point que Paul-Louis Arslanian, le patron du Bureau Enquêtes Analyses pourtant bien connu pour sa prudence et sa modération, a récemment confié qu'il a l'impression de faire l'objet de pressions pour faire aller l'enquête dans une certaine direction". Rien de moins !...
Même les membres du Gouvernement doivent également être brûlés : "emballement des médias sur les avions-poubelles, alimenté cette fois-ci par des déclarations officielles un peu rapides". Quant aux Américains - Boeing, le Grand Satan - il faut les soumettre à la question, les crucifier puis les écarteler : "ces cabinets d'avocats vautours - souvent américains - qui se font fort d'obtenir de fabuleuses indemnités aux familles des victimes".
En notre qualité de "site fantaisiste" animés par des "frustrés et aigris" avec nos complices "médiocres", nos lamentables facultés font que nous ne comprenons évidemment pas grand chose à quoi que ce soit. Nous nous sommes donc demandé, puisque le chef rédacteur omet de le préciser, quelles pourraient bien être ces pressions, qui pourrait bien les exercer et vers quelle direction obligerait-on ce pauvre Paul-Louis à "faire aller l’enquête" ? Difficile de trouver tant les indices manquent...
Nous avons dû nous concentrer et relire à plusieurs reprises l'éditorial du chef rédacteur jusqu'à enfin comprendre que le patron du BEA subissait des pressions d'EADS pour que l'avion se soit posé sur l'Atlantique Sud en entier et avec des Pitot ayant toujours parfaitement fonctionné.
Heureusement que le cap a récemment été modifié avec la très récente recommandation du remplacement des Pitot Thales, qui n'ont - n'ont jamais eu et n'auront jamais - aucun problème, par des Goodrich qui en ont encore moins...
Il était cependant normal que Jean-Pierre Casamayou s’en prenne à certains - voire ici à la quasi totalité - de ses confrères. En effet, quelle impudence satanique de la part de tous ces médias qui ne se satisfont pas de LA "bonne" parole et qui ont même l'outrecuidante curiosité diabolique de "croiser" les sources d’information pour en faire part à leur large public !
Quel abject comportement hérétique que celui des nombreux journalistes de ces médias "classiques" qui sont incapables de ne penser qu'à profiter oisivement de leur situation au lieu d’aller nuire aux intérêts des annonceurs !
Car il ne faut pas les oublier, ces annonceurs...
Le média "spécialisé" dans l'air et le cosmos ne les oublie pas, lui. Le chef rédacteur y veille et, donnant lui-même le ton, il permet à ses confrères sacrilèges - ceux des médias "classiques" - d’entrevoir ce que doit être un vrai professionnel : celui qui sait traduire la pensée du propriétaire sans porter atteinte aux intérêts des annonceurs.
Au demeurant, l’exercice n’est pas facile. Il y a tellement de publicité dans cette revue "spécialisée", comment donc contenter tout le monde ? Peut-être faut-il procéder par classement des priorités ? Après tout, Thales, EADS et ses filiales devant représenter 90% des recettes de la gazette et 100% de sa marge, le chef rédacteur oublie juste de préciser qu'il ne se risquera jamais au moindre commentaire suspicieux sur un crash d'Airbus. Avec un tel degré d’évidente indépendance, "l’emballement" est effectivement fortement déconseillé....
Sainte pensée unique, subjuguant Jean-Pierre, est ainsi érigée en gage de sérénité dans le devenir d’une enquête-accident. Paul-Louis, lui même présumé totalement indépendant tant de la DGAC que du bailleur de fonds pré-cité, en est le plus fidèle apôtre.
Quant au reste du monde, il est simplement sommé par le chef rédacteur de se convertir et surtout de la "fermer" ! A commencer par Internet, où les journalistes - ceux qui ne font pas du travail commandité, du lamentable publi-rédactionnel complaisant qui sert la soupe à qui la paye - complètent leur travail d'investigation. Internet où ces mêmes journalistes ont vite compris que Paul Louis allait les promener. D'où l'impérieuse nécessité de se tourner vers d'autres sources, lesquelles, étrangement, n'incluent pas Air et Cosmos.
EADS et Thales n’ont rien à voir avec l’accident du vol AF447 puisque l’évangéliaire du BEA les a d'ores et déjà disculpés. Jean-Pierre Casamayou résume tout cela très bien, et avec beaucoup de courage : son éditorial se termine en déclarant que "dans ce cas [Yemenia] comme dans celui du vol AF 447, l’enquête montrera que cet emballement [l'odieuse théorie apocryphe des sondes Pitot] n’avait pas sa place".
CQFD. Comme quoi il y en a qui savent déjà tout... : c’est la faute de ceux qui pilotent moins bien que les concierges (de Monsieur Ziegler).
Voici une absence "d’emballement" qui n'est pas déballonnée.
Honte à ces médias «classiques» qui ont bu le calice du blasphème !
Sus à ces sites Internet schismatiques et mort aux hérésiarques qui les alimentent !
Heureusement qu’il reste encore une revue "spécialisée" sacramentelle !
Nous terminerons notre petit éditorial de "frustrés" en disant que nous sommes fiers de faire partie de ces "sites internet qui se multiplient". Parmi nos experts, nous comptons deux CDB TRE A330 AF qui ont vécu des incidents Pitot, c’est à dire 30% de la population concernée. Ils sont sûrement "frustrés et aigris", mais combien de rédacteurs en chef heureux et comblés ont déjà vécu cette situation ?... Qui n'est plus crédible : la voix de son maître ou les frustrés ?...
PS: une question d'ordre strictement pratique demeure pour nous qui n'avons jamais écrit que debout : est-ce réellement plus confortable d'écrire à quatre pattes ?
publié le 2009-08-01 00:07 par EuroCockpit.
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